Voyages d’un philosophe aux pays des libertés : les prisons ouvertes en Finlande – Gaspard Kœnig

Voyage d’un philosophe aux pays des libertés : les prisons ouvertes en Finlande

Au début des années 1960, alors qu’elle connaissait un des taux d’incarcération les plus élevés d’Europe, la Finlande, inspirée par ses voisins scandinaves, a fait le pari d’une justice moins répressive prévoyant notamment des altérnatives à l’enfermement strict. Aujourd’hui, 35 % des détenus finlandais sont affectés dans une prison ouverte, sans mur. Ils détiennent la clé de leur chambre, travaillent dans la journée, parfois en ville, pratiquent des activités sportives et reçoivent régulièrement leur famille. Toutefois, les manquements au règlement, portant notamment sur les obligations de présence, sont  sanctionnés par un renvoi dans un établissement classique. Pour bénéficier d’un tel régime, les détenus des prisons traditionnelles sont sélectionnés sur la base de leur conduite et de tests psychologiques, indépendamment du motif de leur condamnation. 

Les résultats sont au rendez-vous. Le taux de récidive après la libération est de 17 % inférieur à celui des prisons traditionnelles pour un coût de détention bien inférieur. Aujourd’hui le principe des prisons ouvertes est parfaitement accepté et l’objectif des autorités finlandaises est d’étendre ce régime à la quasi-totalité des détenus. Certains rêvent même de le remplacer par des contraintes de présence vérifiables grâce à un bracelet électronique, déplaçant les murs de la prison dans la tête du détenu vivant au sein de la société. 

Ces dispositions mettent en pratique les idées de Beccaria, juriste italien des Lumières, qui défendait des peines proportionnelles aux délits, ne constituant ni des punitions ni des vengeances, mais uniquement destinées à dissuader et à éviter la récidive. Une fois posés ces objectifs, rien ne justifie plus de faire souffrir le condamné par une détention inhumaine. Au contraire, il faut lui permettre de réintégrer la société dans les meilleures conditions dès la fin de sa peine.

Si la prison est dans sa tête et non autour de lui, si la privation de liberté n’est matérialisée que par des règles particulières à respecter, le condamné ne purgera pas sa peine avec le sentiment d’avoir payé sa dette à la société, mais il sera susceptible de réfléchir à ses actes et la punition aura d’autant plus d’effet. Dans la même logique de surveiller sans punir, certains ont envisagé un système d’amendes correspondant au préjudice subi par la société divisé par la probabilité de se faire prendre afin que le crime ne paie pas.

Michel Foucault dans son ouvrage Surveiller et punir avait déjà montré que le système carcéral classique fabriquait des criminels et conduisait à diffuser la délinquance dans la société. Depuis l’après guerre, si les conditions de détention en France se sont améliorées, elle sont régulièrement qualifiées d’inhumaines et de dégradantes par la Cour européenne des droits de l’homme. La loi de 2009 donnant aux prisonnier des droits, comme la possibilité de réaliser des recours, s’avère inopérante en raison de procédures trop compliquées.

L’Allemagne, la Belgique et même la Corée du Sud réflechissent à des systèmes inspirés du modèle scandinave mais aucune évolution de ce type n’est pas à l’ordre du jour en France. Pourtant le libéralisme pénal destiné à surveiller sans punition morale ni vengeance a montré son efficacité. Les prisons ouvertes sont une première étape. Les perspectives consistent dans des solutions maintenant, sauf cas particulier exceptionnel, le condamné dans la société permettant un vrai travail de repentir qui relève de l’intime et une réintégration facile une fois la peine effectuée.

Voyage d’un philosophe aux pays des libertés

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